
J'accompagne celles et ceux qui traversent cette même tempête.
Pas en tant que coach, pas en tant que psy.
Mais comme quelqu'un qui comprend, parce qu'elle est passée par là.
On a souvent cette idée que le burn-out, c'est une question de trop travailler. Je l'ai longtemps cru, moi aussi.
Pendant plus de vingt ans, j'ai donné tout ce que j'avais dans le médico-social, l'insertion, l'accompagnement. Des personnes en situation de handicap, des sans-abri, des demandeurs de protection internationale, des gens en marge, en grande précarité… Je n'avais pas peur de la charge. J'aimais profondément ce métier.
Mais aujourd'hui, je vois clair : ce qui m'a épuisée, ce n'était pas le travail en lui-même. C'était tout ce qui tournait autour. Tout ce qui, petit à petit, use l'âme en silence.
Ce qui use vraiment, ce sont ces choses-là :
→ Écrire treize rapports sociaux en deux jours et demi parce que le service fermait brutalement et qu'il fallait organiser l'urgence pour chaque personne accompagnée.
→ Passer des heures en réunion à remplir des tableaux statistiques, des écrits qui finissent au mieux dans un tiroir, au pire à la poubelle. Sans que personne ne se préoccupe vraiment de comment vont les personnes au quotidien, de leurs difficultés, de leurs petites avancées… Bref, du cœur de notre métier.
→ Me faire appeler à l'improviste pendant un accompagnement avec un enfant polyhandicapé pour m'entendre dire : "L'équipe n'a plus confiance en vous. Prenez vos affaires et rentrez chez vous." Comme ça. Sans explication. Je n'ai jamais pu dire au revoir à cet enfant.
→ Travailler dans des locaux sans âme — une salle de réunion pour manger, sans frigo ni micro-ondes. Des repas froids, même en plein hiver. On a fini par obtenir un frigo à force de réclamer. Pour le reste — micro-ondes, canapé, plantes, déco, vaisselle — j'ai dû chercher des dons, répondre à des annonces pour demander des objets gratuits afin de rendre l'espace un peu humain. Sans budget. Sans soutien. Juste de la débrouille et de la bonne volonté.
→ A travailler à trois professionnels dont le chef de service dans un studio de 20 mètres carrés quand le service a ouvert ses portes. Sans budget pour du papier toilette ou des stylos. Ça prête à sourire dit comme ça. Mais au quotidien, c'est le signe d'un mépris qui s'accumule et qui use.
→ Encaisser les insultes, les cris, parce que "ça fait partie du métier". Alors on serre les dents. On absorbe. On continue.
→ Rentrer chaque soir vidée, irritable, absente pour mes enfants et mon mari. Tous les soirs. Présente physiquement, absente dans ma tête.
→ Faire des tâches qui ne relèvent pas de son ressort, parce qu'il n'y a personne d'autre et que "on fait avec".

Ce n'est pas de la fatigue. C'est de la survie émotionnelle.
Comme le dit si justement le Dr David Fischler :
"Les gens ne s'épuisent pas à cause du travail acharné. Ils s'épuisent dans un lieu de travail qui ressemble à la guerre."
Ce qui épuise profondément, ce n'est pas la quantité de travail. C'est l'invisibilité. Le manque de reconnaissance. Les conditions indignes. Les décisions imposées. L'absence de soutien. La violence ordinaire qu'on finit par considérer comme normale.
Et un matin, le corps dit stop.
En juillet 2024, mon corps en a décidé autrement. Le verdict est tombé, net et sans appel : burn-out sévère.
Sur le moment, j'ai ressenti de la honte. De la colère. De l'incompréhension. Comment moi, qui aidais les autres à s'en sortir, je n'avais pas vu que je sombrais ?
Avec le recul, je comprends. Je n'avais pas vu parce que j'avais appris à ne pas voir. À tenir. À encaisser. À faire passer les autres avant moi. Pendant plus de vingt ans.
Et toi, est-ce que tu te reconnais ?
Pose-toi ces questions honnêtement :
→ Est-ce que tu rentres chaque soir épuisée, irritable, vidée ?
→ Est-ce que ton travail est reconnu à sa juste valeur ?
→ Est-ce que tu te sens soutenue par ta hiérarchie ?
→ Est-ce que tu absorbes des tensions qui ne t'appartiennent pas ?
→ Est-ce que tu te dis "c'est normal, ça fait partie du métier" pour des choses qui ne devraient pas être normales ?
Si tu as répondu oui à plusieurs de ces questions, peut-être qu'il est temps de t'accorder enfin la permission de te poser. Tu n'as pas à attendre l'effondrement pour être entendue.

Envie de faire le point sur là où tu en es ?
Tu préfères d'abord avancer à ton rythme ?



Séverine
Après 20 ans dans le social, médico-social, insertion... et un burn-out en 2024, j'accompagne aujourd'hui celles et ceux qui veulent se reconstruire et retrouver du sens. À travers Sève et Sens, je partage mes outils, mon vécu et ma bienveillance. 🌿
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